Pourquoi vous stressez pour des choses qui ne le méritent pas

Pensez à votre dernière semaine de travail.

Une tension dans la poitrine avant une réunion ? Une nuit agitée avant un rendez-vous important ? Une procrastination inexpliquée face à un appel que vous remettiez au lendemain — alors que vous saviez parfaitement quoi dire ?

Si vous répondez oui, cet article est pour vous. Précisément parce que vous êtes compétent  et que malgré cela, quelque chose coince. Ce quelque chose a un nom : le stress auto-généré.

Votre cerveau, une machine ancienne dans un monde moderne

Votre cerveau a été conçu il y a des millions d'années pour une fonction précise : vous maintenir en vie. Face à un prédateur, il déclenche en une fraction de seconde une réponse d'alarme — combattre ou fuir.

Ce système est remarquablement efficace. Il a sauvé la vie de nos ancêtres.

Le problème ? Il ne distingue pas le danger réel du danger imaginé.

Pour votre cerveau, le CODIR du lundi matin peut déclencher exactement la même réponse physiologique qu'un danger de mort. L'email difficile à rédiger. L'entretien délicat avec un collaborateur. La présentation devant la direction.

Votre amygdale ne réagit pas à la situation elle-même.

Elle réagit à la représentation mentale que vous vous en faites. C'est précisément ce que le professeur Bruce McEwen a mis en évidence dans ses travaux sur l'allostasie : la réponse biologique au stress dépend en grande partie de l'interprétation que notre cerveau fait d'une situation, indépendamment des faits objectifs.

Ce qui se passe dans votre corps

Dès que votre cerveau perçoit une menace, réelle ou imaginée, il libère adrénaline et cortisol. Rythme cardiaque en hausse. Respiration raccourcie. Muscles contractés.

Votre corps se prépare à courir ou à se battre. Sauf que vous êtes assis dans une salle de réunion. Ou devant votre écran à 23h à relire pour la quatrième fois un email que vous n'arrivez pas à envoyer.

Toute cette énergie mobilisée ne trouve pas de débouché. Elle tourne en rond, s'accumule, vous épuise. Et elle dégrade précisément les fonctions dont vous auriez besoin : clarté d'analyse, prise de décision, nuance dans la communication.

Yerkes et Dodson l'ont modélisé dès 1908 dans leur célèbre courbe en U inversé : un niveau modéré de stress améliore la performance. Au-delà d'un certain seuil, il la détériore. Et ce seuil, la plupart des professionnels sous pression le franchissent régulièrement, souvent sans s'en rendre compte.

La poutre, le vide et vos peurs professionnelles

Gérer la pression, ce n'est pas théorique.

Ça se vit. Ça s'entraîne.

Comme le font les champions!

Imaginez une poutre de bois posée au sol. Large de vingt centimètres, longue de cinq mètres. En guise d'exercice, vous devez la traverser.

Vous le faites sans hésiter, les mains dans les poches, sourire aux lèvres, sceptique, vous demandant probablement l'utilité d'un tel exercice.

Maintenant, imaginez cette même poutre suspendue à six mètres de hauteur. Toutes les précautions sont prises : harnais, ligne de vie, encadrement par un spécialiste.

L'exercice est strictement identique. Vos pieds et vos jambes sont les mêmes. Votre sens de l'équilibre est le même. La poutre est la même. Votre sécurité est assurée.

Et pourtant.

Ce qui a changé ? La représentation mentale que vous vous en faites.

Et c'est cette représentation qui peut déclencher des peurs, des doutes, parfois des tremblements, des sueurs ou encore du vertige.

Dans la vie professionnelle, c'est exactement le même mécanisme.

La réunion, la négociation, la prise de parole, la décision difficile : vous en avez les compétences. Mais la représentation que vous en faites peut transformer ces situations en traversée évidente ou en gouffre.

Ce qui change la donne : l'entraînement

Accumuler des connaissances sur le stress ne suffit pas. Le jour où vous êtes en situation, ce n'est pas un livre qui vous aide, c’est ce que vous avez mémorisé : votre vécu, votre ressenti intégré dans votre corps.

C'est exactement ce que fait un champion. Il ne s’entraîne pas à gèrer théoriquement la pression d'une finale. Il s'y expose, concrètement, répétitivement, dans des compétitions intermédiaires, pour que le jour J, son système physique et nerveux connaisse déjà le chemin.

Votre cerveau fonctionne de la même façon. Il a besoin de s'exposer délibérément à ce qui génère le stress, dans un cadre structuré et avec des outils précis, pour apprendre à y répondre autrement,  corporellement, émotionnellement, mentalement, avec tout son être.

Le cerveau est plastique. Il apprend. Il se reconfigure.

Ce qui exigeait hier un effort conscient considérable devient alors progressivement un automatisme plus calme, plus ancré, plus efficace.

L'expérience réelle plutôt que la théorie

Ce n'est pas un hasard si nous avons conçu, sur notre site de formation et d’entraînement, un parcours de poutres progressif, au sol, à un mètre, à trois mètres, à six mètres.

Le même exercice. La même poutre. La même personne et pourtant, d'un niveau à l'autre, d'un individu à l'autre, les réactions sont toujours différentes.

Certains avancent calmement. D'autres se figent. D'autres encore découvrent, surpris, une anxiété qu'ils ne soupçonnaient pas.

Ce n'est pas la poutre qui change. C'est la représentation mentale que chacun s'en fait.

Il n'y a pas de meilleur miroir de vos automatismes mentaux qu'une expérience physique réelle, vécue dans votre corps et expliquée. C'est là, dans cet inconfort maîtrisé, que vous observez vos réactions, que vous apprenez à les réguler, que vous commencez à vous entraîner vraiment.

C'est ce que les champions font. C'est ce que vous pouvez apprendre à faire aussi.

Curieux de vivre l'expérience ? Parlons-en

Philippe Leclair - Entraîneur mental et corporel de leaders sous pression

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