Entre aller bien et aller mal ?

Cette zone quand tout semble encore aller… mais moins bien

Chaque rentrée ressemble à la précédente : les agendas se remplissent, les projets reprennent, le rythme revient. Cette année ne fait pas exception.

Pourtant, vous percevez un changement. Vous continuez à travailler, décider, manager, assumer votre quotidien. Mais vous êtes moins patient, votre attention se disperse plus vite, vous devenez plus facilement irritable et votre énergie semble diminuer.

Rien de suffisamment marqué pour vous inquiéter véritablement. Vous continuez donc comme avant. Et c'est précisément ce qui mérite notre attention.

Continuer malgré les premiers signes

Nous associons volontiers la bonne santé à l'absence de maladie et l'efficacité à notre capacité à accomplir ce qui est attendu de nous.

Or, ces deux indicateurs ne disent pas tout de notre état.

Vous pouvez mener une réunion, prendre une décision ou gérer une situation délicate tout en étant moins disponible, moins concentré ou plus tendu que d'habitude. Votre expérience et vos habitudes professionnelles vous permettent souvent de compenser. Vous redoublez d'attention, contrôlez davantage vos réactions, faites un effort supplémentaire pour rester concentré.

Le résultat reste satisfaisant. Mais vous dépensez davantage d'énergie pour obtenir ce que vous réalisiez auparavant plus facilement.

Le piège de cette période intermédiaire tient précisément à cela : puisque nous continuons à assurer, nous sous-estimons le coût de nos efforts.

Entre efficacité et efficience

Imaginez deux journées de travail apparemment identiques.

Dans la première, vous enchaînez vos activités avec une attention relativement stable. Vous restez disponible pour vos interlocuteurs, prenez vos décisions avec recul et terminez la journée encore capable de vous consacrer à votre vie personnelle.

Dans la seconde, vous accomplissez les mêmes tâches. Mais chaque interruption vous dérange davantage. Vous devez vous reprendre pour écouter, retenir une réaction d'agacement, retrouver le fil de votre réflexion.

Votre travail est fait. Pourtant, en fin de journée, vous vous sentez vidé.

  • Être efficace, c'est atteindre le résultat recherché.

  • Être efficient, c'est obtenir le meilleur résultat possible en mobilisant un minimum de ressources : temps, moyens, attention et énergie.

Dans les deux journées, vous avez été efficace. Mais dans la seconde, le même résultat vous a demandé davantage d'efforts. Votre efficience a diminué.

Cette différence peut également se manifester dans votre capacité à récupérer : plus l'effort vous coûte, plus vous pouvez avoir besoin de temps pour retrouver votre disponibilité habituelle.

Repérer l'orange avant le rouge

Tout fonctionne encore. Mais notre état commence déjà à modifier notre façon d’agir

Lorsque notre capacité à récupérer diminue, les premiers signes passent souvent inaperçus. Nous continuons à assurer nos activités, mais la fatigue, les tensions ou les difficultés de concentration deviennent plus fréquentes.

C'est cette période que nous représentons par la zone orange : un état intermédiaire où les premiers déséquilibres apparaissent, alors que nous disposons encore d'une marge d'action pour les corriger.

Dans nos formations, nous insistons sur un indicateur particulièrement révélateur : la vitesse avec laquelle nous retrouvons notre état de forme après un effort.

Après une période de tension, un effort physique ou une sollicitation mentale importante, notre organisme a besoin de récupérer. Notre respiration retrouve progressivement son rythme habituel, les tensions musculaires diminuent et notre attention redevient disponible.

Mais cette récupération peut devenir plus lente. Une contrariété qui vous occupait auparavant quelques minutes continue désormais à vous préoccuper toute la soirée. Une nuit de sommeil qui suffisait généralement à retrouver votre énergie ne produit plus le même effet.

Pour mieux repérer ces évolutions, quatre indicateurs peuvent nous guider.

  • Le corps: Des tensions musculaires inhabituelles apparaissent-elles ? Avez-vous plus de difficulté à relâcher vos épaules, votre mâchoire ou votre posture après une situation exigeante ?

  • La respiration: Devient-elle plus courte ou plus rapide sous pression ? Retrouvez-vous facilement une respiration confortable lorsque la situation est terminée ?

  • L'attention: Vous faut-il davantage d'effort pour vous concentrer ? Êtes-vous plus facilement distrait ou moins disponible pour écouter ?

  • L'énergie: Récupérez-vous aussi facilement qu'auparavant ? Les activités habituelles vous demandent-elles davantage d'effort ?

Ces observations prennent tout leur sens lorsqu'on les compare à son fonctionnement habituel. Un signe isolé peut être passager. En revanche, lorsque plusieurs changements se répètent ou s'installent, ils méritent notre attention.

Observer pour mieux agir

Supposons que vous remarquiez une irritabilité inhabituelle en fin d'après-midi. Plutôt que de chercher uniquement à vous contrôler, interrogez-vous sur ce qui a précédé : une succession de réunions sans interruption, un déjeuner écourté, une tension non résolue, une fatigue accumulée. (À lire également : La dette de transition).

Notre corps, notre attention et notre humeur nous alertent souvent avant que la fatigue ne s'installe. Quelques minutes peuvent suffire à retrouver de la disponibilité après un effort ponctuel. Une fatigue persistante ou des symptômes qui s'installent demandent davantage d'attention et, si nécessaire, un avis médical.

Pas besoin d'application ni de montre connectée. Il s'agit surtout de réapprendre une compétence simple : savoir s'observer. Non pour se surveiller et s'inquiéter en permanence, mais pour reconnaître les premiers signes et ajuster ses comportements. C'est tout l'intérêt de cette zone orange : pouvoir agir avant d'atteindre ses limites.

Philippe Leclair - Entraîneur mental et corporel de leaders sous pression

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