La dette de transition

Une réunion se termine. Vous ouvrez vos mails, répondez à un appel, puis passez au dossier suivant. Pourtant, une remarque vous revient, une décision reste en suspens ou une tension persiste. Vous avez changé d’activité. Votre état intérieur, lui, a-t-il suivi ?

Chaque nouvelle activité demande de réorienter notre attention, d’ajuster notre état émotionnel et de mobiliser notre énergie. Or, ce passage ne s’effectue pas toujours instantanément.

Quand notre attention reste ailleurs

La chercheuse en management Sophie Leroy a étudié ce qui se passe lorsque nous passons d’une tâche à une autre. Elle a mis en évidence un phénomène appelé « attention residue », que l’on peut traduire par attention résiduelle.

Lorsque nous quittons une tâche, en particulier lorsqu’elle reste inachevée ou a été interrompue, une part de notre attention peut rester mobilisée par ce que nous venons de faire. Les ressources attentionnelles disponibles pour l’activité suivante s’en trouvent alors réduites.

L’expérience est familière. Vous commencez à travailler sur un dossier et repensez au mail reçu quelques minutes auparavant. Vous écoutez un collaborateur tout en gardant en tête la décision issue de la réunion précédente.

Vous êtes là. Votre attention, elle, est encore un peu ailleurs.

La dette de transition : quand les passages s’accumulent

Une transition manquée paraît anodine. Répétée tout au long de la journée, elle produit un effet cumulatif. À chaque passage, nous devons réorienter notre attention et ajuster notre état à ce qui va suivre. Sans véritable transition, une partie de la tension, des préoccupations ou de la mobilisation précédente persiste alors que nous sollicitons déjà de nouvelles ressources.

Chez Stratégie de la Réussite®, nous proposons dette de transition cette accumulation.

Ses effets peuvent être très concrets. La concentration devient plus fragile. Il faut davantage d’effort pour rester attentif. L’irritabilité peut augmenter. L’écoute perd en qualité. Nous réagissons plus vite, parfois avec moins de recul. Les décisions simples deviennent plus coûteuses et la sensation de fatigue apparaît plus tôt. Au fil des heures, nous pouvons ainsi continuer à être efficaces tout en dépensant progressivement davantage d’énergie pour maintenir le même niveau de performance.

C’est peut-être là que la dette de transition coûte le plus cher : lorsqu’elle reste invisible alors que nous commençons déjà à puiser dans nos réserves.

Créer une transition pour mieux repartir

Quelques dizaines de secondes peuvent déjà permettre de marquer ce passage. À la fin d’une activité, posez-vous trois questions :

1. Qu’est-ce que je viens de terminer ? Prenez quelques secondes pour identifier ce qui est clos et ce qui reste à traiter.

2. Qu’est-ce que je dois déposer ? Notez une action à reprendre plus tard, relâchez une tension, prenez conscience de l’émotion encore présente.

3. De quel état ai-je besoin maintenant ? Concentration ? Calme ? Énergie ? Disponibilité ? Écoute ?

Quelques respirations, quelques pas, un relâchement corporel ou simplement un changement de posture peuvent accompagner ce passage.

La performance se joue aussi entre deux actions

Entre deux activités, quelques instants peuvent faire la différence.

Nous consacrons beaucoup d’énergie à améliorer nos actions : mieux décider, mieux communiquer, mieux nous concentrer, mieux organiser notre temps.

Les transitions ouvrent un autre levier de performance : arriver dans la situation suivante avec davantage de ressources disponibles pour elle.

Dans le sport, les temps de récupération, les routines et la capacité à ajuster son état font partie intégrante de la performance. Cette même logique peut trouver sa place dans nos journées professionnelles. Lors de votre prochaine journée de travail, observez ces moments de passage.

Entre deux réunions, deux dossiers ou deux rendez-vous, posez-vous simplement cette question : « Qu’est-ce que je transporte encore de la situation précédente ? »

Vous identifierez peut-être un levier de performance jusque-là ignoré : apprendre à mieux terminer pour mieux recommencer!

Philippe Leclair - Entraîneur mental et corporel de leaders sous pression

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