A l’écoute ou simplement disponible ?
La qualité de l’attention au cœur de nos relations.
Nous n’avons jamais été aussi faciles à joindre. Téléphone, mails, Teams, messageries instantanées, réunions à distance… Nous pouvons répondre presque partout, presque tout le temps.
Mais cette accessibilité permanente soulève une question : être disponible signifie-t-il être réellement présent ?
Un manager peut consacrer sa journée à ses collaborateurs, enchaîner les échanges et répondre rapidement aux sollicitations. Pourtant, combien de ces échanges ont bénéficié de toute son attention ?
À la maison, la situation n'est pas si différente. Un adolescent raconte sa journée pendant que son parent consulte son téléphone. Dans un couple, l'un parle de ses préoccupations tandis que l'autre lui répond machinalement, tout en restant absorbé par ses pensées.
Dans toutes ces situations, nous sommes disponibles, nous écoutons, nous répondons parfois. Mais accordons-nous réellement toute notre attention à l'autre ?
Disponible pour tous, attentif à qui ?
Être joignable, trouver un créneau dans son agenda ou répondre rapidement à une demande ne signifie pas être pleinement attentif à l'autre.
Nous pouvons être physiquement présents tout en étant mentalement ailleurs : participer à une réunion en pensant à celle qui suivra, écouter un collaborateur tout en préparant notre réponse, ou répondre à une question sans avoir véritablement compris ce qui la motivait.
La réelle disponibilité ne se résume donc pas à une question de gestion d’agenda. Elle dépend d’abord de notre capacité à mobiliser notre attention et à entrer pleinement dans la relation, au moment où elle se déroule.
C'est l'un des paradoxes du management actuel : à force de vouloir rester accessibles à tous, nous risquons de devenir moins attentifs à chacun.
Ce qui détourne notre attention ?
Nous passons d’une activité à l’autre avec une rapidité devenue presque naturelle. Mais notre attention ne change pas nécessairement de direction au même rythme.
Les travaux sur l’attention ont notamment mis en évidence un phénomène appelé attention résiduelle : lorsque nous changeons de tâche, une partie de nos ressources attentionnelles peut rester mobilisée par la précédente. Nous sommes déjà ailleurs dans notre agenda, mais pas encore complètement dans notre esprit.
À cela s’ajoute notre état intérieur. Une contrariété, une inquiétude ou une tension physique peuvent mobiliser notre attention sans que nous en ayons pleinement conscience. C’est pourquoi les conseils habituels sur l’écoute active ne suffisent pas toujours. Avant de pouvoir écouter véritablement, encore faut-il reconnaître ce qui occupe notre esprit.
À cela s’ajoute notre état intérieur. Une contrariété, une inquiétude ou une tension physique peuvent mobiliser notre attention sans que nous en ayons pleinement conscience.
Nous pouvons ainsi être physiquement présents, tout en restant intérieurement préoccupés. Et cette préoccupation influence inévitablement notre manière d'écouter, de comprendre et de réagir.
Être présent, c'est aussi reconnaître l'autre
Nous avons tous fait l’expérience d’un échange avec une personne qui nous écoute véritablement. Elle ne cherche pas immédiatement à répondre. Elle ne ramène pas systématiquement la conversation à sa propre expérience. Elle nous laisse le temps d’exprimer notre pensée. Cette attention change la nature de la relation. Nous nous sentons écoutés, considérés, parfois même plus libres de réfléchir.
Dans le management et, plus largement, dans les relations familiales, de couple ou d’amitié, cette qualité de présence nourrit la confiance et la compréhension mutuelle. Elle favorise des échanges plus sincères, des décisions plus justes et des relations plus authentiques.
Quelques minutes de réelle attention peuvent avoir plus de valeur qu’un long échange où l’attention se disperse.
La performance managériale ne repose donc pas uniquement sur la capacité à agir, décider ou répondre rapidement. Elle dépend aussi de notre manière d’être en relation avec les autres.
Accorder toute son attention, c'est témoigner à l'autre de l'importance qu'il a pour nous.
Au lieu de nous demander : « Ai-je été suffisamment disponible ? », demandons-nous aussi : « Ai-je été réellement présent ? » .
Car au-delà du temps que nous accordons aux autres, il y a la qualité de l’attention que nous leur offrons. Et cette attention constitue peut-être l’une des formes les plus précieuses de considération.
La présence se cultive
Notre attention fluctue naturellement au cours de la journée. Mais nous pouvons nous entraîner à la mobiliser volontairement pour être pleinement présents dans nos échanges.
Tout commence par l'observation de notre propre état. Avant un entretien, sommes-nous encore préoccupés par la réunion précédente ? Notre respiration est-elle calme ? Ressentons-nous une tension, une impatience, Etc ?
Prendre conscience de notre état intérieur permet d’éviter d’aborder l’échange en pilotage automatique. Quelques instants pour relâcher les tensions, retrouver une respiration plus calme ou prendre du recul sur nos préoccupations améliorent déjà notre qualité de présence.
Nous sommes alors plus attentifs à l'autre, à ses réactions et à son point de vue, sans chercher immédiatement à préparer notre réponse.
Bien sûr, une pensée ou une préoccupation peut à nouveau détourner notre attention. L'entraînement consiste précisément à nous en apercevoir et à revenir à l'échange en cours.
Être présent, ce n'est donc pas échapper à toute distraction, mais savoir la reconnaître pour mieux ramener notre attention vers l’autre.
Ce travail peut sembler anodin. Pourtant, c'est par sa répétition, au fil des situations quotidiennes, que nous développons progressivement notre capacité à être pleinement présents.
Car être présent à l'autre commence par cette capacité à être conscient de soi, sans rester centré sur soi.
Philippe Leclair - Entraîneur mental et corporel de leaders sous pression
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